Pourquoi il est important de ne pas croire tout ce que l'on dit sur les freins restrictifs buccaux.


Depuis quelques temps, je vois passer des "pour" et des "contre" lorsque l'on parle de freins restrictifs buccaux. Cela sème le doute dans les familles qui galèrent déjà bien assez avec les symptômes, les difficultés que présentent leur bébé.

Voici un petit exemple de ce que peuvent vivre certains parents des journées et nuits entières (et ce n'est qu'un mini échantillon)


Entendre un bébé pleurer est insupportable sur la durée, mais, l'impuissance de ne pas pouvoir soulager son bébé qui est mal est encore bien plus insoutenable!


Si j'ai appris quelque chose dans ma vie, c'est qu'il faut non seulement peser le pour et le contre avant de prendre une décision, bien sûr, mais il faut surtout écouter sa petite voix, son instinct.


Mon déménagement dans une autre région m'a permis de prendre un peu de recul et d'observer non seulement les rencontres que j'ai faites avec les parents, les bébés, mais aussi les demandes que je reçois actuellement.


J'ai vu et je reçois des appels, mails de parents exténués par des heures de portage inconfortable, avec un bébé qui ne trouve pas de position apaisante, qui a du reflux, des tétées problématiques, souvent douloureuses, trop fréquentes, qui tournent au pugilat parce que bébé n'y arrive pas et qu'il souffre de faim et d'impuissance, des bébés qui n'arrivent pas à s'endormir ou se réveillent au moindre changement.

Comme je m'occupe du vécu émotionnel des bébés et des tensions qu'ils peuvent avoir dans le corps, c'est souvent la porte d'entrée pour la demande de consultation. Très souvent, je me rends compte à quel point les parents, les mamans, surtout, n'ont pas été écoutées, prises en compte dans les "diagnostics" souvent clichés, combien elles n'ont pas été entendues, elles, qui savent le mieux ce qui concerne leur bébé (même si, depuis le début de la grossesse, on leur a dit qu'elles ne savaient pas ce qui est bon pour elles et leur bébé).


Et tout cela, non pas par manque de connaissance ou de formation, mais essentiellement par manque d'ouverture d'esprit. Il faut ranger tout et tout le monde dans les cases. Tout ce qui déborde est suspect et dérangeant et on préfère l'ignorer, voire le dénigrer pour ne pas faire désordre dans nos petites certitudes.


Si je me permets de m'exprimer ainsi, c'est parce que, en tant que sage-femme, je vois depuis bientôt 40 ans, se perpétuer des façons de pratiquer dont tout le monde sait, maintenant qu'elles ne sont pas bonnes, qu'elles vont à l'encontre de la physiologie et qui compliquent la vie par la suite.

Comment se fait-il qu'aujourd'hui, encore, on exige des femmes une position sur le dos, pieds dans les étriers et une poussée-bloquée dont on connaît les dégâts sur le périnée et les difficultés engendrées pour le bébé???

Comment se fait-il qu'aujourd'hui encore, on pratique l'expression abdominale alors que c'est interdit et tellement dangereux????

Comment se fait-il que l'on manipule les bébés comme des petits paquets insensibles alors que l'on sait toutes les conséquences émotionnelles que cela peut avoir?

Comment se fait-il que des professionnels de la naissance perpétuent le dictat qu'allaiter "ça fait mal et puis c'est tout"?


Oui, c'est vrai qu'actuellement, on découvre de plus en plus l'impact de la langue et de ses fonctions que l'on ne soupçonnait sans doute pas, oui, sans doute cherche-t-on plus à détecter des freins buccaux restrictifs, oui, on en connaît de plus en plus sur les liens entre la langue et le reste du corps. Les fascias nous livrent de plus en plus leurs secrets alors qu'ils étaient encore ignorés il y a peu. La compréhension de la respiration nasale commence aussi à révéler son importance dans bien des troubles, bien au-delà de l'allaitement. Le corps est tellement complexe et incroyablement résilient!


Pourquoi nier ces avancées scientifiques? Pourquoi dénigrer ceux qui se forment, passent des heures à étudier pour mieux comprendre ces phénomènes? Pourquoi dire aux femmes qu'elles sont stressées parce que leur bébé pleure et pourquoi ne pas faire un véritable examen de la bouche, de la langue et de ses fonctions avant de balancer de telles "vérités"?


Bien sûr, il ne faut pas mettre tous les oeufs dans le même panier. Tous les problèmes des bébés, des enfants et des adultes ne sont pas causés par des freins restrictifs, nous sommes bien d'accord, mais pourquoi refuser de vérifier correctement cette possible cause parmi d'autres (le diagnostic différentiel n'est pourtant pas une notion nouvelle!). Cela devrait faire partie de l'examen du nouveau-né (c'est d'ailleurs le cas dans certains pays).


Tout professionnel de santé ne peut être spécialisé dans tous les domaines et heureusement. Ce n'est pas pour autant que ce que nous ne connaissons pas de façon approfondie n'existe pas! A l'époque où j'ai fait ma formation d'infirmière pédiatrique (il y a 35 ans, ce n'est pas si loin en terme d'évolution), en complément de celle de sage-femme, une de nos professeurs nous expliquait que l'on commençait tout juste à reconnaître la douleur chez les bébés. Jusque là on considérait que leur système nerveux n'était pas assez mature pour ressentir la douleur et on faisait certaines interventions sans aucune anesthésie ni une quelconque préoccupation ni accompagnement pour cette douleur. Aujourd'hui, cela nous semble inconcevable et pourtant! Ce n'est pas parce que l'on n'a pas découvert quelque chose ou que nos appareils ne peuvent encore l'enregistrer que cette chose n'existe pas. Gardons l'esprit ouvert...


J'invite vraiment tous les professionnels de la santé à rester curieux, à s'informer s'ils ne peuvent ou ne veulent se former, à échanger avec des collègues et surtout, surtout, à écouter les parents. Et j'invite tous les parents à écouter la petite voix qui leur dit que quelque chose "ne va pas" et à chercher le professionnel qui va les écouter et les aider, soit directement, soit en les redirigeant vers quelqu'un qui pourra prendre la suite de façon bienveillante.


Quand on voit les bébés, enfants ou adultes avant et après un suivi et un traitement adapté (c'est-à-dire sans précipitation et bien accompagné avant et après) autour des freins restrictifs buccaux, on comprend combien s'occuper de façon globale de cette réalité peut changer la vie de quelqu'un! Ceci dit, quel que soit le problème, il faut s'en occuper.






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