Se mettre à la place de bébé



Quand on voit un bébé avoir des réactions récurrentes de pleurs inconsolables, que l'on a l'impression d'avoir tout exploré sans solution, je vous suggère de repasser encore et encore le film de ce qui s'est produit depuis sa naissance (et parfois même avant).

Pour mieux comprendre ce qui aurait pu le toucher, le troubler, mettez-vous à sa place dans chaque moment. Comme parent, on essaie toujours d'être bienveillant avec le bébé. On met en place tout ce que l'on peut pour qu'il se sente bien. Mais, parfois, on ne mesure pas quelles sont les situations qui peuvent le toucher, parce qu'elles ne correspondent pas à ce que nous, les adultes, pouvons ressentir. Il arrive aussi, tout simplement, que l'on oublie de lui expliquer ce qui est en train de se passer.


Quelques exemples:

  • une induction de travail décidée pour des raisons médicales. Le bébé lui, peut ne pas comprendre pourquoi on décide d'interrompre son séjour dans son cocon maternel.

  • une césarienne programmée parce que le bassin de maman est trop petit. Le bébé lui a une conscience de ce qu'il doit faire... pourquoi l'empêcher de sortir comme la nature l'a prévu? Lui il se sent capable de sortir!

  • maman doit avoir des soins particuliers après la naissance et on met bébé dans les bras de son papa, le temps de réaliser ce qui doit être fait. Bébé est certainement dans des bras aimants et bienveillants, mais, ce n'est normalement pas là qu'il devrait se trouver. Lui, il s'attend à entendre encore les bruits de maman, comme quelques minutes auparavant, de l'intérieur.

Toutes ces raisons (et ce ne sont que quelques exemples) peuvent entraîner une sorte d'incompréhension chez bébé. Ces situations ne répondent pas à ses besoins. Il faut donc lui expliquer pourquoi c'est ainsi et aussi le reconnaître dans sa déception ou dans sa colère ou dans ses peurs.

Le problème c'est qu'au moment où ces événements se produisent, nous sommes souvent happés par nos propres émotions, notre propres réactions. Du coup, on occulte un peu la possibilité que bébé soit aussi concerné. Nous n'avons pas vraiment la culture d'un bébé qui comprend réellement tout ce qui se passe autour de lui. Comment comprend-il? Quels mots entend-il? Quelle intonation le touche-t-il? Je n'en sais rien, mais mes nombreuses années de pratique me démontrent que de le considérer comme une personne qui comprend peut changer son vécu des situations.

Reprenons les exemples cités plus haut et regardons comment ils peuvent affecter bébé.

  • L'induction: il s'agit d'une décision extérieure à bébé qui interrompt un processus pourtant bien huilé de déclenchement physiologique de la naissance. Peut-être que bébé n'est pas prêt. Comme vous, dans le même genre de situation, il peut être fâché ou triste, ou décontenancé par cette décision. Si on ne lui explique pas, à la fois, les émotions que nous vivons suite à cette décision, les raisons pour lesquelles on prend cette décision et si on ne reconnaît pas que, pour bébé, cela peut être difficile, il peut rester de nombreuses semaines à se sentir mal parce qu'il reste avec ces sentiments et donc... il va les exprimer par des pleurs.

  • Une césarienne programmée: on se retrouve un peu dans la même situation que dans le cas de l'induction. Mais, en plus on va empêcher bébé de faire les mouvements de naissance pour lesquels il est "programmé". Il peut en être frustré, fâché, ne pas se sentir entendu dans ses compétences.

  • Une séparation avec maman juste après la naissance: bébé peut avoir l'impression que son papa l'a empêché d'être auprès de maman, même si ce n'est pas du tout cela qui s'est passé. Il peut aussi avoir peur pour sa maman si les soins ont engendré du stress chez les professionnels, entre autres.

Donc, finalement, lorsque vous repassez le film des événements et que vous voulez explorer les réactions de bébé, mettez-vous à sa place dans les différents moments. Comment auriez-vous pu vivre cet événement? Quelles émotions cela suscite-t-il chez vous? Et, une fois que vous avez exploré cela, parlez-en à votre bébé. Racontez-lui ce qui s'est passé, ce que vous avez ressenti à ce moment-là, dites-lui bien que ce n'est pas de sa faute et que ce sont "vos" émotions. Mais dites-lui aussi qu'à ce moment-là, lui, il a peut-être aussi ressenti des émotions lors de cet événement, lors de ce moment. Dites-lui que peut-être cela a été difficile pour lui.

Généralement si l'hypothèse que l'on émet est juste pour bébé, elle fait mouche. Bébé va vous regarder, arrêter de pleurer, se réveiller, par exemple. Vous allez voir qu'il vous donne toute son attention. Rassurez-le, expliquez-lui que vous êtes là pour l'accompagner, que vous allez l'aider à intégrer ces émotions-là.


Essayez de donner ces explications au moment où l'événement se produit, mais si vous étiez trop submergé par vos émotions, votre douleur, il est toujours temps de le faire plus tard, voire bien plus tard. Cela évite les non-dits qui peuvent empoisonner les relations. Le bébé se sentant souvent responsable des émotions de ses parents, cette explication est importante pour désamorcer cette façon de voir les choses.

Bien expliquer au bébé à qui appartiennent les émotions, lui dire que ce n'est pas de sa faute (même si c'est une situation au centre de laquelle il se trouve) et reconnaître les siennes. Voilà quelques pistes pour mieux accompagner votre bébé....


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